Les missions du poste

Établissement : Université d'Angers École doctorale : École doctorale Sociétés, Temps, Territoires Laboratoire de recherche : Temps, Mondes, Sociétés Direction de la thèse : Christine BARD Date limite de candidature : 2026-06-10T00:00:00 Il s'agit d'étudier quantitativement et qualitativement la production dans l'audiovisuel public français des témoignages de résistantes déportées de 1945 à 2025. Une petite minorité des 5000 survivantes a été invitée à la télévision. Qui sont-elles ? Comment utilisent-elles cette tribune qui formate leur parole ? Que transmettent-elles de leur expérience passée et de leur vision du temps présent ? Dans quels contextes et en réaction à quelles attentes ? Au fil du temps, leur place mémorielle monte en puissance, pour plusieurs raisons, en particulier l'essor de l'histoire des femmes, la demande d'une plus juste représentation des femmes dans le débat public et dans les médias, à l'heure de la parité en politique. La panthéonisation de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 2015 l'atteste. L'étude de leurs témoignages permettra d'esquisser une matrice mémorielle (notamment autour de Ravensbrück) et d'évaluer les divergences et les singularités au sein du groupe. Des comparaisons avec les résistants déportés, mais aussi avec les femmes et les hommes survivants de la déportation raciale s'imposent également.
Le doctorant ou la doctorante bénéficiera des moyens du laboratoire TEMOS UMR-CNRS 9016 : accès à la maison de la recherche Germaine-Tillion, bureau, outils numériques, achat de petit matériel. Des aides aux déplacements sont possibles, en cofinancement par le laboratoire, l'école doctorale STT et l'université d'Angers. L'insertion de ses travaux dans les activités de la SFR Confluences et dans l'offre d'accompagnement de l'école doctorale STT garantira un environnement de travail très favorable. Le soutien du musée de la Résistance nationale fera l'objet d'un partenariat formalisé.
Description détaillée Il s'agit d'étudier quantitativement et qualitativement la production dans l'audiovisuel public français des témoignages de résistantes déportées de 1945 à 2025. Le projet s'inscrit donc au croisement de l'histoire de la résistance, de la déportation, des médias, du genre et de la mémoire. L'objectif est d'étudier au prisme du genre la construction, l'évolution dans le temps et l'usage public mémoriel des récits testimoniaux, en tenant compte des cadres médiatiques, institutionnels, sociaux, culturels et politiques dans lesquels cette mémoire se déploie. Comment, dans cette histoire, l'offre et la demande se rencontrent-elles ? Quels sont les événements favorisants ? La temporalité retenue, de 1945 à 2025, apportera des réponses, permettant de dégager des périodes qui sont autant de régimes de visibilité spécifiques à la fois du côté de la mémoire et du côté de la présence des femmes dans les médias. Qui sont les invitées appelées à témoigner ? Quels sont les capitaux institutionnels, intellectuels, militants, familiaux qui leur permettent d'accéder à l'espace médiatique ? Quel poids respectif donner à leurs engagements passés - la résistance -, à leur vécu concentrationnaire, et à leurs fréquents engagements associatifs et politiques ultérieurs ? Une géographie se dessine-t-elle ? Les émissions de télévision régionale devraient donner accès à une histoire locale des résistantes déportées. Quelles sont les motivations qui les poussent à témoigner ? Sans se revendiquer féministes (un fait générationnel à prendre en compte), les témoins formulent néanmoins des points de vue sur la différence des sexes dans la résistance, la déportation et « la vie d'après ». L'universalisme est souvent leur port d'attache, mais elles n'ignorent pas leur condition de minoritaires et, aussi, de minorisées. Qui sont les invitants et invitantes ? L'étude prendra en compte les formats télévisuels, les intentions éditoriales et les attentes explicites ou supposées. Une connaissance fine de l'histoire de la télévision sera nécessaire pour éclairer les conditions de réalisation, de production et de diffusion des témoignages. Leur mise en scène est un point central. La comparaison avec le traitement médiatique des témoignages d'hommes résistants déportés et de survivants et survivantes de la déportation raciale sera nécessaire. Enfin, l'analyse qualitative portera sur les contenus des récits. Existe-t-il une matrice mémorielle produisant un récit collectif ? Si les points communs l'emportent - notamment parce que l'après-guerre est riche de fortes expériences associatives pour les déportées-, il ne fait pas négliger les différences, d'un récit à l'autre, et les expliquer. Contexte sociétal et scientifique Selon le Livre-Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, 90 432 personnes ont été déportées de France par mesure de répression, dont 10 % de femmes, soit près de 9 000 résistantes déportées. Le taux de mortalité atteint environ 40 %. A l'heure où les dernières survivantes disparaissent, quatre-vingt ans après la Libération, il est nécessaire d'étudier de manière systématique et méthodique la mémoire télévisuelle des déportées pour faits de résistance. En 2015, la panthéonisation de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz a mis en avant cette mémoire particulière. Il sera intéressant de les présenter dans un ensemble plus vaste et de le montrer à travers ce qui a constitué pendant plusieurs décennies la culture commune des Français : la télévision. Historiographie Ce projet entend participer à un renouvellement historiographique initié dans les années 1990 lorsque l'histoire des femmes et du genre a commencé à corriger le récit androcentré de la résistance et de la déportation. Il apporte également sa pierre à l'histoire des femmes dans les médias et à l'histoire genrée de la mémoire et du témoignage, qui peuvent s'appuyer sur trois décennies de travaux essentiels mais qui ne portaient pas d'attention particulière au genre. Si l'histoire des déportées a fait l'objet de travaux récents de Thomas Fontaine et de Philippe Mezzasalma, entre autres, le sujet est totalement neuf sous l'angle du témoignage audiovisuel et donc de la mémoire. Objectifs et méthode Le sujet exige une connaissance exhaustive des témoignages de résistantes déportées diffusés dans l'audiovisuel public. L'inventaire des interventions repérables sur le site de l'Institut National de l'Audiovisuel inclura journaux télévisés, reportages, documentaires et émissions spéciales diffusés sur les chaînes publiques françaises de 1945 à une date très récente, 2025, pour prendre en compte leur augmentation en fin de période. Des sources complémentaires seront mobilisées : presse spécialisée, archives des associations de femmes déportées, entretiens avec les derniers témoins. La méthodologie combine plusieurs approches complémentaires. Elle consiste en une analyse qualitative des discours testimoniaux, du cadrage journalistique et des dispositifs visuels, afin d'étudier la construction médiatique des récits. Elle sera complétée par une analyse quantitative des apparitions, du temps de parole et de la répartition chronologique des témoignages, ainsi que par une analyse prosopographique des résistantes déportées ayant témoigné à la télévision. Enfin, une analyse comparative, confrontant les témoignages de ces femmes à ceux des hommes déportés politiques et des femmes déportées raciales, permettra d'identifier les motifs récurrents, les silences collectifs et les évolutions des régimes de visibilité. Programme prévisionnel Pendant les deux premières années, il s'agira d'identifier tous les témoignages, d'en prendre connaissance avec l'aide d'une grille de lecture adaptée identifiant différentes variables et de construire les bases d'une analyse quantitative. Un dictionnaire biographique sera élaboré progressivement. Parallèlement, des lectures seront réalisées concernant toutes les dimensions du sujet du côté des sources publiées aussi bien que des ouvrages d'histoire et plus généralement de sciences humaines (science politique, études médiatiques, études mémorielles, études de genre). Quelques articles et communications scientifiques seront produites. La 3e et dernière année sera consacrée à la rédaction. Valorisation attendue et utilité sociale Outre son intérêt scientifique intrinsèque (publications à venir), elle présente une utilité sociale forte très polyvalente : éducation aux médias, dimension citoyenne de la mémoire de la Deuxième Guerre mondiale, répertoire de sources et outil pédagogique pour l'enseignement, transmission d'une facette de l'histoire des femmes contribuant à la construction d'une culture mixte. Le projet intéresse d'ores et déjà le musée de la Résistance nationale et son directeur, Thomas Fontaine, s'engage à accompagner le travail de thèse par ses conseils, des propositions d'intervention dans sa structure, des aides qui pourraient améliorer l'environnement de travail. Il manifeste son intérêt pour des résultats qui auront toute leur place dans son travail muséographique. Le sujet a été signalé au conseil scientifique de la Mission des 80 ans de la Libération mais le financement des thèses dans ce cadre est pour le moment à l'arrêt.

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